Saisir le conseil de prud'hommes : démarches, délais, procédure et preuves
Licenciement contesté, salaire impayé, heures supplémentaires non réglées : le conseil de prud'hommes tranche les litiges individuels entre un salarié et son employeur. Ce guide explique qui peut le saisir, quel conseil est compétent, les délais pour agir, la procédure de la saisine au jugement, les preuves à réunir, et les recours possibles.
Rédigé par Guillaume Thomas Expert-comptable et commissaire aux comptes, inscrit à l'Ordre des experts-comptables depuis plus de 10 ans. Il a fondé et dirige GT Expertise.
Relu par Arnaud de Pommery Responsable juridique de GT Expertise.
Publié le 30 juin 2025, mis à jour le 30 octobre 2026.
Comprendre le rôle du conseil de prud'hommes
Le conseil de prud'hommes est une juridiction spécialisée qui statue sur les différends individuels nés à l'occasion d'un contrat de travail. Il est composé de conseillers non professionnels, désignés pour moitié parmi les employeurs et pour moitié parmi les salariés, afin de rendre des décisions ancrées dans la réalité du travail. Il est organisé en sections : industrie, commerce, agriculture, activités diverses et encadrement.
Quels litiges peuvent être portés devant le conseil de prud'hommes ?
- La contestation d'un licenciement, pour motif personnel, économique ou pour faute grave.
- Les rappels de salaires, primes, heures supplémentaires ou indemnités non versées.
- La contestation d'une sanction disciplinaire : avertissement, mise à pied.
- Le non-respect du contrat : durée du travail, congés, clauses particulières.
- La rupture d'un CDD ou d'une période d'essai, et la requalification d'un contrat précaire en CDI.
- Le harcèlement ou la discrimination au travail.
Les conflits collectifs relèvent d'autres procédures. Voir notre article sur l'abandon de poste et la présomption de démission, source fréquente de contentieux.
Qui peut saisir le conseil, et lequel ?
Qui peut agir ?
Le salarié comme l'employeur peuvent saisir le conseil de prud'hommes, même si l'action est le plus souvent engagée par le salarié. La procédure est gratuite : seuls les frais d'avocat ou de commissaire de justice restent, le cas échéant, à la charge des parties.
Quelle est la compétence territoriale ?
- En principe, le conseil du lieu de l'établissement où le salarié travaille ou a travaillé.
- En cas de travail à domicile ou hors de tout établissement, le conseil du domicile du salarié.
- Au choix du salarié, il peut aussi saisir le conseil du lieu où le contrat a été conclu, ou celui du siège de l'employeur.
Les délais pour agir : une vigilance indispensable
| Type de litige | Délai de prescription |
|---|---|
| Contestation de la rupture du contrat, dont le licenciement | 12 mois à compter de la notification |
| Exécution du contrat de travail | 2 ans |
| Paiement des salaires | 3 ans |
| Harcèlement et discrimination | 5 ans |
| Réparation d'un dommage corporel lié au travail | 10 ans |
| Dénonciation du reçu pour solde de tout compte | 6 mois à compter de sa signature |
Passé ces délais, l'action est irrecevable, même si la demande est fondée. Pour les sommes dues à la fin du contrat, voir notre article sur le paiement du salaire.
La procédure, de la saisine au jugement
- La saisine : une requête écrite est déposée ou adressée au greffe du conseil, avec l'exposé des demandes et des motifs, et la liste des pièces. Une saisine en ligne est également possible.
- La conciliation : les parties sont convoquées devant le bureau de conciliation et d'orientation, en principe en personne, pour tenter un accord. En cas d'accord, un procès-verbal met fin au litige.
- L'orientation : à défaut d'accord, l'affaire est renvoyée devant le bureau de jugement, éventuellement en formation restreinte pour certains litiges de licenciement.
- Le bureau de jugement : composé de deux conseillers employeurs et deux conseillers salariés, il entend les parties, examine les preuves et rend une décision motivée.
- Le départage : si les conseillers ne parviennent pas à une majorité, l'affaire est rejugée sous la présidence d'un juge professionnel, le juge départiteur.
Représentation : obligatoire ou non ?
Devant le conseil de prud'hommes, la représentation n'est pas obligatoire. Chaque partie peut se défendre seule ou se faire assister ou représenter, notamment par un avocat, un défenseur syndical, un salarié ou un employeur de la même branche, ou son conjoint. L'assistance d'un avocat reste vivement conseillée. En appel, en revanche, la représentation par un avocat ou un défenseur syndical est obligatoire.
Les preuves à produire
La preuve est souvent décisive. Chaque partie doit étayer ses affirmations : contrat de travail, bulletins de paie, plannings, courriels, attestations de collègues, relevés de pointage, certificats médicaux. Pour les heures supplémentaires, le salarié présente des éléments suffisamment précis, auxquels l'employeur doit répondre avec ses propres éléments de contrôle du temps de travail.
Preuve déloyale : depuis un arrêt de l'assemblée plénière de la Cour de cassation du 22 décembre 2023, une preuve obtenue de manière déloyale, par exemple un enregistrement réalisé à l'insu de la personne, n'est plus automatiquement écartée. Le juge apprécie si sa production est indispensable à l'exercice du droit de la preuve et proportionnée aux intérêts en présence.
La décision, l'appel et l'exécution
- La décision peut condamner la partie perdante à verser des rappels de salaires, des indemnités ou des dommages-intérêts. En cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, l'indemnité est encadrée par un barème légal, fonction de l'ancienneté.
- L'appel doit être formé dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, devant la cour d'appel.
- L'exécution provisoire s'applique de plein droit à certaines condamnations, comme les salaires et la remise des documents de fin de contrat, dans certaines limites ; le conseil peut aussi l'ordonner pour le reste.
- L'exécution forcée peut être confiée à un commissaire de justice si la partie condamnée ne paie pas volontairement.
Prévenir le litige : la voie amiable et la rigueur sociale
Avant toute saisine, le dialogue, la médiation ou une négociation peuvent éviter une procédure longue. Pour l'employeur, la meilleure prévention reste une gestion sociale rigoureuse : contrats à jour, paie conforme, temps de travail contrôlé, procédures disciplinaires respectées et documents de fin de contrat exacts. Voir notre article sur l'audit social.
Un cabinet d'expertise comptable ne représente pas les parties devant le conseil de prud'hommes : il intervient en amont, sur la paie, le calcul des sommes dues et les documents sociaux, et travaille avec l'avocat en cas de contentieux.
Vos questions sur le conseil de prud'hommes
Comment saisir le conseil de prud'hommes ?
Par une requête écrite déposée ou adressée au greffe du conseil compétent, ou en ligne, en exposant les demandes, leurs motifs et la liste des pièces. La procédure est gratuite.
Quel est le délai pour contester un licenciement ?
12 mois à compter de la notification du licenciement. Les actions sur l'exécution du contrat se prescrivent en principe par 2 ans, et celles en paiement des salaires par 3 ans.
Faut-il un avocat aux prud'hommes ?
Ce n'est pas obligatoire en première instance, mais c'est vivement conseillé. En appel, la représentation par un avocat ou un défenseur syndical est obligatoire.
Un enregistrement clandestin est-il recevable aux prud'hommes ?
Il n'est plus automatiquement écarté : depuis décembre 2023, le juge peut l'admettre s'il est indispensable à la preuve et proportionné aux intérêts en présence.
Quel est le délai pour faire appel d'un jugement prud'homal ?
Un mois à compter de la notification du jugement.