Abandon de poste : quels risques pour le salarié, chômage, présomption de démission et alternatives
Cesser de venir travailler sans prévenir n'est plus une façon de quitter son emploi en conservant ses droits. Avec la réforme de l'abandon de poste, le salarié qui ne reprend pas le travail après une mise en demeure est présumé démissionnaire, et perd en principe ses droits à l'assurance chômage. Ce guide détaille les risques de l'abandon de poste, la procédure, les motifs légitimes d'absence, les cas particuliers comme l'intérim ou la dépression, et les solutions pour quitter son emploi dans de bonnes conditions.
Rédigé par Guillaume Thomas Expert-comptable et commissaire aux comptes, inscrit à l'Ordre des experts-comptables depuis plus de 10 ans. Il a fondé et dirige GT Expertise.
Relu par Arnaud de Pommery Responsable juridique de GT Expertise.
Publié le 18 février 2025, mis à jour le 29 octobre 2026.
Qu'est-ce qu'un abandon de poste ?
L'abandon de poste désigne le fait, pour un salarié, de cesser de se rendre à son travail, ou de quitter son poste, sans autorisation ni justification. Ce n'est pas une absence ponctuelle et prévenue : c'est une absence prolongée et injustifiée, dont l'employeur ignore le motif.
La présomption de démission : ce qui a changé
Avant la réforme, l'abandon de poste conduisait le plus souvent à un licenciement, qui ouvrait droit à l'assurance chômage. Avec la présomption de démission, instaurée par la loi du 21 décembre 2022 et précisée par le décret du 17 avril 2023, le salarié en CDI qui abandonne volontairement son poste peut être présumé démissionnaire :
- L'employeur met en demeure le salarié, par lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge, de justifier son absence et de reprendre son poste.
- Le salarié dispose d'au moins quinze jours, à compter de la présentation du courrier, pour reprendre le travail ou justifier son absence.
- La mise en demeure doit indiquer les conséquences d'une absence de reprise sans motif légitime, comme l'a exigé le Conseil d'État (18 décembre 2024, n° 473640).
- Sans reprise ni justification dans le délai, le salarié est présumé avoir démissionné.
Quels sont les risques en cas d'abandon de poste ?
| Conséquence | Pour le salarié présumé démissionnaire |
|---|---|
| Salaire | Aucun salaire n'est dû pendant l'absence injustifiée |
| Assurance chômage | Pas d'allocation en principe, la démission n'ouvrant pas droit au chômage, sauf réexamen ultérieur possible dans certains cas |
| Indemnité de licenciement | Aucune, puisqu'il ne s'agit pas d'un licenciement |
| Préavis | Le préavis de démission s'applique en principe |
| Documents de fin de contrat | Certificat de travail, solde de tout compte et attestation destinée à France Travail, mentionnant une démission |
L'employeur peut-il plutôt licencier le salarié pour faute ? La loi et le décret ne règlent pas expressément cette question, qui reste discutée. Dans tous les cas, le licenciement d'un salarié en abandon de poste n'est pas nécessairement prononcé pour faute grave : les juges apprécient au cas par cas. Pour la procédure côté employeur, voir notre page abandon de poste et présomption de démission.
Les motifs légitimes qui empêchent la présomption de démission
Le salarié n'est pas présumé démissionnaire s'il justifie son absence par un motif légitime, notamment :
- Des raisons médicales, justifiées par un arrêt de travail.
- L'exercice du droit de retrait face à un danger grave et imminent. Voir notre article sur le droit d'alerte et de retrait.
- L'exercice du droit de grève.
- Le refus d'exécuter une instruction contraire à la réglementation.
- Une modification du contrat de travail imposée par l'employeur.
Le salarié qui conteste la présomption de démission peut saisir le conseil de prud'hommes, qui statue directement sur le fond dans un délai d'un mois.
Cas particuliers : intérim, CDD, dépression, nouvel emploi
Abandon de poste en intérim ou en CDD
La présomption de démission concerne les salariés en CDI. En CDD ou en mission d'intérim, l'abandon de poste peut justifier une rupture anticipée pour faute grave, avec des conséquences propres sur les droits du salarié.
Abandon de poste pour dépression ou épuisement
Un salarié en souffrance doit consulter un médecin : un arrêt de travail transmis à l'employeur constitue un motif légitime, et protège ses droits. Abandonner son poste sans justificatif l'expose au contraire à la présomption de démission.
Abandon de poste pour travailler ailleurs
Le salarié reste lié par son contrat et son obligation de loyauté jusqu'à la rupture. Commencer un autre emploi pendant un abandon de poste peut aggraver sa situation, notamment en présence d'une clause de non-concurrence ou d'exclusivité.
Comment éviter l'abandon de poste : les alternatives
- La démission, en respectant le préavis, qui permet de partir proprement, éventuellement pour un projet ouvrant droit au chômage sous conditions.
- La rupture conventionnelle, négociée avec l'employeur, qui ouvre droit au chômage et à une indemnité.
- Le dialogue avec l'employeur ou les représentants du personnel en cas de difficulté.
- L'arrêt de travail, en cas de problème de santé, plutôt qu'une absence injustifiée.
Pour l'employeur, la prévention passe par le dialogue, la détection des signaux faibles et un suivi rigoureux des absences : voir notre article sur l'audit social.
Vos questions sur l'abandon de poste
Quels sont les risques en cas d'abandon de poste ?
Être présumé démissionnaire après une mise en demeure restée sans effet, avec en principe la perte du droit au chômage, aucune indemnité de licenciement, et aucun salaire pendant l'absence injustifiée.
A-t-on droit au chômage après un abandon de poste ?
En principe non, la présomption de démission ne permettant pas de bénéficier de l'assurance chômage, sauf réexamen ultérieur possible dans certains cas.
Combien de temps a le salarié pour revenir après une mise en demeure ?
Au moins quinze jours à compter de la présentation de la mise en demeure, selon le délai fixé par l'employeur, pour reprendre son poste ou justifier son absence.
Quels motifs justifient une absence ?
Des raisons médicales, l'exercice du droit de retrait ou de grève, le refus d'exécuter une instruction contraire à la réglementation, ou une modification du contrat imposée par l'employeur.
La présomption de démission s'applique-t-elle en intérim ou en CDD ?
Non, elle concerne les salariés en CDI. En CDD ou en intérim, l'abandon de poste peut justifier une rupture anticipée pour faute grave.