SELAS ou SELARL : différences, statut social, dividendes et choix pour une profession libérale
La SELARL et la SELAS sont les deux formes de société d'exercice libéral les plus utilisées par les avocats, médecins, experts-comptables, architectes ou professionnels de santé. Elles diffèrent par leur gouvernance, le statut social du dirigeant et la souplesse des statuts, beaucoup moins par la fiscalité des dividendes qu'on le croit souvent. Ce guide compare SELAS et SELARL et donne les critères pour choisir.
Rédigé par Guillaume Thomas Expert-comptable et commissaire aux comptes, inscrit à l'Ordre des experts-comptables depuis plus de 10 ans. Il a fondé et dirige GT Expertise.
Relu par Arnaud de Pommery Responsable juridique de GT Expertise.
Publié le 15 décembre 2025, mis à jour le 2 novembre 2026.
La société d'exercice libéral : le cadre commun
La société d'exercice libéral permet aux professions libérales réglementées d'exercer sous la forme d'une société de capitaux, dans le respect de leurs règles déontologiques. Son régime a été refondu par l'ordonnance n° 2023-77 du 8 février 2023, entrée en vigueur le 1er septembre 2024. Elle peut prendre plusieurs formes : SELARL, inspirée de la SARL, SELAS, inspirée de la SAS, SELAFA, de forme anonyme, ou SELCA, en commandite par actions.
Dans toutes ces formes, la responsabilité financière des associés est limitée à leurs apports, mais chaque professionnel reste responsable de ses propres actes professionnels. La majorité du capital et des droits de vote doit être détenue par des professionnels qui exercent au sein de la société, directement ou par l'intermédiaire d'une holding de professionnels libéraux.
SELAS ou SELARL : le comparatif
| Critère | SELARL | SELAS |
|---|---|---|
| Modèle | SARL | SAS |
| Nombre d'associés | Un ou plusieurs | Un ou plusieurs |
| Titres | Parts sociales | Actions |
| Dirigeant | Un ou plusieurs gérants | Un président, éventuellement des directeurs généraux |
| Statuts | Cadre largement fixé par la loi | Grande liberté de rédaction |
| Statut social du dirigeant | Travailleur non salarié si gérant majoritaire, assimilé salarié s'il est minoritaire ou égalitaire et rémunéré | Assimilé salarié pour le mandat de président rémunéré |
| Fiscalité | Impôt sur les sociétés, option temporaire pour l'impôt sur le revenu possible | Impôt sur les sociétés, option temporaire pour l'impôt sur le revenu possible |
| Dividendes des associés exerçants | Cotisations sociales au-delà de 10 % du capital, des primes et du compte courant | Même règle pour les associés exerçants relevant du statut de travailleur non salarié |
Le statut social du dirigeant : le vrai critère de différence
- Le gérant majoritaire de SELARL relève du statut de travailleur non salarié, avec la caisse de retraite propre à sa profession. Ses cotisations sont moins élevées, mais sa protection sociale est plus limitée.
- Le président de SELAS relève du régime général, comme assimilé salarié, pour la rémunération de son mandat. Ses cotisations sont plus élevées, pour une protection plus complète, hors assurance chômage.
- Les associés qui exercent leur profession dans la société relèvent, dans de nombreuses professions, du statut de travailleur non salarié au titre de cette activité, quelle que soit la forme de la société. Le président de SELAS peut ainsi cumuler deux affiliations.
Voir notre comparatif détaillé dirigeant TNS ou assimilé salarié et notre article sur l'optimisation du revenu TNS.
Fiscalité et dividendes : moins de différence qu'on le croit
Les deux formes sont soumises par défaut à l'impôt sur les sociétés. La rémunération du dirigeant est déductible du résultat, et les dividendes sont imposés chez l'associé au prélèvement forfaitaire unique ou, sur option, au barème. Voir notre guide de la distribution de dividendes.
La règle des 10 % s'applique aussi en SELAS. Selon l'article L131-6 du Code de la sécurité sociale, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital, des primes d'émission et du solde moyen du compte courant est soumise aux cotisations sociales pour les professionnels qui exercent dans une société d'exercice libéral et relèvent du statut de travailleur non salarié. Cette règle vise le gérant majoritaire de SELARL, mais aussi, selon la jurisprudence et la doctrine récentes, les associés exerçants de SELAS. La situation du président de SELAS fait encore l'objet d'analyses divergentes : elle doit être étudiée au cas par cas.
L'idée selon laquelle les dividendes de SELAS échapperaient aux cotisations sociales est donc, dans la plupart des cas, inexacte. Les dividendes versés à une holding de professionnels libéraux obéissent eux aussi à des règles spécifiques. Voir notre guide pour créer une holding.
Gouvernance et ouverture du capital
- La SELARL offre un cadre encadré par la loi, rassurant pour des associés qui veulent des règles de décision claires et équilibrées.
- La SELAS laisse une grande liberté pour organiser les pouvoirs, les catégories d'actions, les clauses d'entrée et de sortie des associés. Elle suppose des statuts rédigés avec soin.
- L'ouverture du capital reste encadrée dans les deux formes : la majorité doit rester aux professionnels exerçants, et certaines professions limitent ou interdisent la détention par des tiers.
Pour la rédaction des statuts, voir notre article sur l'acte juridique.
Comment choisir entre SELAS et SELARL ?
| Votre priorité | Forme souvent adaptée |
|---|---|
| Réduire le coût social de votre rémunération | SELARL avec gérant majoritaire |
| Bénéficier d'une protection sociale plus complète | SELAS avec président rémunéré |
| Organiser librement les pouvoirs et l'entrée de nouveaux associés | SELAS |
| Disposer d'un cadre simple et éprouvé entre associés égaux | SELARL |
| Maximiser les dividendes sans cotisations | Aucune forme ne le garantit : la règle des 10 % s'applique largement aux deux |
Le choix doit reposer sur une simulation chiffrée : niveau de revenu, répartition entre rémunération et dividendes, besoins de protection sociale, projet d'association et règles de la profession. Il est possible de passer de SELARL à SELAS par une transformation de la société.
Vos questions sur la SELAS et la SELARL
Quelle est la différence entre SELAS et SELARL ?
La SELARL s'inspire de la SARL et offre un cadre plus encadré par la loi ; son gérant majoritaire est travailleur non salarié. La SELAS s'inspire de la SAS, laisse une grande liberté statutaire, et son président rémunéré relève du régime général.
Les dividendes de SELAS sont-ils soumis aux cotisations sociales ?
Pour les associés qui exercent leur profession dans la société et relèvent du statut de travailleur non salarié, oui, pour la part qui dépasse 10 % du capital, des primes d'émission et du compte courant, comme en SELARL. La situation du président doit être analysée au cas par cas.
Quel est le statut social du gérant de SELARL ?
Travailleur non salarié s'il est majoritaire, seul ou avec son conjoint, ses enfants et les autres gérants. Assimilé salarié s'il est minoritaire ou égalitaire et rémunéré.
Une SELAS peut-elle accueillir des investisseurs extérieurs ?
Dans des limites strictes : la majorité du capital et des droits de vote doit rester détenue par des professionnels exerçant dans la société, et certaines professions limitent ou interdisent la présence de tiers.
Peut-on passer de SELARL à SELAS ?
Oui, par une transformation de la société, décidée par les associés, sans création d'une personne morale nouvelle. Ses effets sur le statut social et la fiscalité doivent être simulés au préalable.