GT-Expertise - Fiscalité - TVA sur l’électricité en 2026 : taux et impact

TVA sur l’électricité en 2026 : taux et impact

Entre le 1er août 2025 et janvier 2026, la TVA sur l’électricité a fait l’objet de cinq revirements législatifs en moins de six mois. Amendements en première lecture, 49.3, motions de censure rejetées : le sujet a agité le Parlement comme rarement un taux de taxe ne le fait. Résultat à ce jour : la TVA sur l’abonnement est à 20 %, comme sur la consommation. Mais la situation reste politiquement instable, et comprendre ce qui a changé — et pourquoi la facture TTC n’a pas explosé — demande de décortiquer la structure complète de la fiscalité électrique.

Ce guide fait le point sur les taux applicables en 2026, la chronologie de la réforme, les mécanismes de compensation mis en place, et les situations spécifiques aux particuliers et aux entreprises.

La structure d'une facture d'électricité : trois niveaux de taxes

Avant de parler de TVA, il faut comprendre que la facture d’électricité n’est pas composée d’un seul prix. Elle regroupe trois couches distinctes, qui s’influencent mutuellement et sur lesquelles portent des règles fiscales différentes.

Composante

Ce que c’est

Poids moyen dans la facture

Fourniture + acheminement (TURPE)

Prix de l’électricité proprement dit + transport sur le réseau Enedis/RTE

~54 %

Accise sur l’électricité (ex-CSPE/TICFE)

Taxe au MWh consommé, reversée à l’État. Finance les EnR, le chèque énergie, la péréquation tarifaire

~15-18 %

CTA (Contribution Tarifaire d’Acheminement)

Financement des droits de retraite des anciens salariés EDF/GRDF. Proportionnelle à la part fixe du TURPE

~3-4 %

TVA

Taxe sur la valeur ajoutée appliquée sur l’ensemble des lignes ci-dessus

~14 %

Source : Selectra, calculs sur profils type Base 6 kVA et HPHC 9 kVA, à jour février 2026. La TVA s’applique aussi sur l’accise — une taxe sur une taxe.

Un point rarement signalé : la TVA s’applique sur l’accise elle-même. Autrement dit, vous payez de la TVA sur une taxe. Ce mécanisme amplifie mécaniquement l’impact de toute variation d’accise ou de TVA sur le montant final de la facture.

Les taux de TVA applicables en mars 2026

Depuis le 1er août 2025, un taux unique de 20 % s’applique sur l’ensemble des lignes de la facture d’électricité — abonnement comme consommation. Cette uniformisation résulte d’une mise en conformité avec le droit européen, entérinée par la loi de finances pour 2025 (n° 2025-127 du 14 février 2025).

Ligne de facture

Avant le 1er août 2025

Depuis le 1er août 2025

Qui est concerné ?

Abonnement (part fixe)

5,5 %

20 %

Tous (< et > 36 kVA)

Consommation (kWh)

20 %

20 %

Tous — inchangé

Accise sur l’électricité

20 %

20 %

Tous — inchangé

CTA

20 %

20 %

Tous — inchangé

En pratique, le taux de 20 % s’applique uniformément sur toutes les lignes de la facture d’électricité depuis le 1er août 2025, quelle que soit la puissance souscrite (< 36 kVA ou > 36 kVA) et quel que soit le fournisseur (EDF tarif réglementé ou offre de marché). Cette règle est identique pour les particuliers et les professionnels.

Cas particulier : TVA sur les panneaux solaires

Les installations photovoltaïques bénéficient de règles spécifiques : un taux réduit de 10 % s’applique sur les équipements et travaux de pose pour un logement construit depuis plus de deux ans, à condition que la puissance installée n’excède pas 3 kWc. Au-delà de cette puissance, le taux normal de 20 % s’applique.

Chronologie : comment la réforme a été votée, défaite et confirmée

La séquence législative de 2025-2026 sur la TVA électricité mérite un éclairage complet, tant les allers-retours ont été inhabituels. En voici les étapes clés.

Date

Événement

Conséquence concrète

14 fév. 2025

Adoption de la loi de finances pour 2025 (n° 2025-127)

Suppression du taux réduit à 5,5 % sur l’abonnement, conformément au droit européen. Entrée en vigueur prévue au 1er août 2025.

1er août 2025

Entrée en vigueur de la TVA à 20 % sur l’abonnement

Simultanément, l’accise électricité est abaissée de 33,70 à 29,98 €/MWh (< 36 kVA) pour neutraliser la hausse. Le TURPE 7 est légèrement révisé à la baisse.

20 nov. 2025

L’Assemblée nationale vote en 1re lecture un amendement (porté par le député E. Maurel) rétablissant le taux réduit à 5,5 % sur l’abonnement

Vote non définitif. Le coût budgétaire est estimé entre 900 millions et 5 milliards € selon le rapporteur P. Juvin. La TVA à 20 % reste provisoirement appliquée.

23 jan. 2026

Engagement de la responsabilité du gouvernement (art. 49.3) sur le volet « recettes » du PLF 2026 par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Rejet des deux motions de censure.

La partie « recettes » est adoptée sans vote. Le texte ne mentionne pas le retour au taux réduit de 5,5 %.

Mars 2026

État du droit applicable

TVA à 20 % sur l’ensemble de la facture d’électricité — abonnement et consommation.

Ce que cela implique concrètement : la TVA à 20 % sur l’abonnement est le régime en vigueur à ce jour. Aucune disposition législative adoptée ne prévoit de retour au taux réduit. Le débat politique reste ouvert, mais il n’a à ce stade aucun effet sur les factures.

Pourquoi votre facture TTC n'a pas explosé ?

Le passage de 5,5 % à 20 % sur la part fixe de l’abonnement aurait dû provoquer une hausse mécanique de +14,5 % sur le montant TTC de l’abonnement, soit environ 20 à 23 € TTC par an pour un foyer moyen consommant 4 400 kWh/an au tarif bleu 6 kVA. Mais la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a annoncé que la facture TTC reste globalement stable. Comment ?

L’État a mobilisé deux leviers de compensation simultanés à la hausse de TVA :

Levier de compensation

Avant août 2025

Depuis août 2025

Impact sur la facture

Accise électricité (< 36 kVA)

33,70 €/MWh

29,98 €/MWh

Économie sur la part variable de la consommation

TURPE (tarif d’acheminement)

Référence TURPE 6

Légère baisse TURPE 7 (~2,5 %)

Économie sur la part fixe et variable

La CRE a confirmé que « pour une consommation moyenne de 4 400 kWh par an, la facture moyenne TTC annuelle passe de 1 050 € à 1 046 € », soit une légère baisse de 4 € par an. Ce résultat tient pour un consommateur au tarif réglementé (tarif bleu EDF) consommant près de 4 100 kWh/an. Pour un foyer consommant davantage, ou dans le cadre d’une offre de marché, l’effet peut différer.

Limite de cette compensation : les ajustements d’accise et de TURPE sont révisables chaque année dans le cadre des lois de finances et des délibérations de la CRE. Ils ne garantissent pas une stabilité permanente du tarif TTC. Si l’accise remontait en 2027 sans que la TVA évolue, la hausse serait directement répercutée sur les factures.

L'accise sur l'électricité en 2026 : taux et évolutions

L’accise (anciennement CSPE puis TICFE, renommée depuis le 1er janvier 2022) est une composante essentielle de la facture. Elle est calculée sur les volumes consommés (€/MWh) et s’applique à tous les consommateurs, particuliers comme professionnels. En 2026, plusieurs changements structurels entrent en vigueur simultanément.

Fin du bouclier tarifaire et indexation au 1er février 2026

Le bouclier tarifaire instauré pendant la crise énergétique a pris fin au 31 décembre 2025. Depuis le 1er février 2026, les tarifs normaux d’accise sont indexés sur l’inflation, conformément aux règles prévues par la loi de finances pour 2025. Les taux applicables depuis cette date, selon le BOFiP (BOI-RES-EAT-000240-20251231) et les communications d’EDF Entreprises et ENGIE, sont les suivants :

Catégorie fiscale

Taux normal au 1er fév. 2026

Taux réduit minimum

Ménages et assimilés (≤ 36 kVA)

30,85 €/MWh

Exonération possible

PME et usages professionnels standards

26,58 €/MWh

0,5 à 12 €/MWh selon secteur

Haute puissance (> 250 kVA)

26,58 €/MWh

0,5 à 12 €/MWh selon secteur

Source : BOFiP, BOI-RES-EAT-000240-20251231 ; EDF Entreprises, mise à jour fév. 2026 ; ENGIE entreprises-collectivites.engie.fr.

Refonte de la grille des taux réduits industriels au 1er janvier 2026

C’est l’autre changement majeur de 2026, souvent sous-estimé. La grille des taux réduits d’accise applicables aux activités industrielles est rationalisée : le nombre de niveaux de taux passe de 7 à 4. Un nouveau seuil d’électro-sensibilité est introduit. La liste des secteurs exposés à la concurrence internationale est entièrement refondue (arrêté du 18 décembre 2025).

Catégorie d’activité industrielle

Taux réduit applicable depuis janv. 2026

Activités exposées à la concurrence internationale

0,5 €/MWh

Sites électro-intensifs (accise ≥ 0,5 % de la VA)

0,5 à 5,5 €/MWh selon seuil

Grandes consommatrices d’électricité (non électro-intensives)

5,5 €/MWh

Activités industrielles standards (NAF sections B à E)

Jusqu’à 12 €/MWh selon usage

Doubles usages, procédés chimiques/métallurgiques/électrolyse

0 €/MWh (exonération totale)

Centres de données > 1 GWh/an

Taux réduit — conditions d’éligibilité à vérifier

Transport guidé (trains, métro, tramway)

Taux réduit

Sources : BOFiP, BOI-RES-EAT-000240-20251231 ; Alliance des Énergies, fév. 2026 ; Enerlex Avocat, PLF 2026 refonte accise.

Important pour les entreprises : les taux réduits ne sont jamais automatiques. Ils reposent sur des attestations réglementaires (formulaire CERFA n° 2040-TIC-ATT-E-SD) transmises au fournisseur. Sans attestation à jour, le tarif normal s’applique. Un remboursement sur deux années antérieures est possible si les conditions d’éligibilité étaient remplies mais que le tarif normal avait été facturé (art. L.312-48 du Code des impositions sur les biens et services).

Impact concret sur la facture : comparaison par profil

Pour un particulier au tarif bleu (abonnement 6 kVA, ~4 400 kWh/an)

Poste

Avant août 2025 (estimation)

Depuis août 2025 (estimation)

Abonnement annuel TTC (6 kVA)

~156 € TTC (TVA 5,5 %)

~176 € TTC (TVA 20 %)

Compensation accise (baisse de 33,70 à 29,98 €/MWh × 4 400 kWh)

0 €

-16,35 € environ

Facture TTC annuelle totale

~1 050 €

~1 046 € (CRE)

Impact net

≈ -4 € par an

Pour une entreprise assujettie à la TVA (< 36 kVA, régime réel)

Une entreprise assujettie à la TVA — régime réel normal ou simplifié — récupère intégralement la TVA payée sur ses factures d’électricité. Le passage de 5,5 % à 20 % sur l’abonnement ne génère donc aucune charge nette supplémentaire : c’est une TVA collectée puis déduite. L’impact réel se limite à un besoin de trésorerie plus élevé entre le paiement de la facture et la récupération de la TVA sur la déclaration mensuelle ou trimestrielle.

En revanche, les structures non assujetties — associations, professions médicales conventionnées, micro-entrepreneurs en franchise de base de TVA — ne récupèrent pas la TVA. Pour elles, la hausse sur l’abonnement représente un coût net. La compensation par baisse de l’accise atténue cet effet, mais ne l’annule pas nécessairement selon le niveau de consommation.

Pour les industriels électro-intensifs

Les sites industriels à forte consommation sont les plus directement touchés par la refonte de la grille des accises. Le basculement de 7 à 4 niveaux de tarifs réduits implique que certaines entreprises, précédemment éligibles à un taux donné, peuvent se retrouver dans une catégorie différente au 1er janvier 2026. L’effet peut être positif ou négatif selon la situation précise de chaque site. Une entreprise qui n’a pas mis à jour son attestation CERFA avant le 1er janvier 2026 s’expose à payer le tarif normal (26,58 €/MWh) au lieu du taux réduit auquel elle est éligible.

Pourquoi l'Union européenne a imposé cette harmonisation

La France appliquait depuis des années un taux réduit sur l’abonnement et un taux normal sur la consommation. La Cour de justice de l’Union européenne a rappelé un principe fondamental du droit européen de la TVA : lorsqu’un service est indissociable — l’abonnement et la consommation d’électricité étant considérés comme deux composantes d’une même prestation — un taux de TVA unique doit s’appliquer.

Cette règle découle des directives TVA européennes, qui n’autorisent pas les États membres à appliquer des taux différenciés sur des éléments d’un même service. La France était en infraction avec cette jurisprudence depuis plusieurs années ; la loi de finances pour 2025 a mis fin à cette anomalie. Un amendement parlementaire a tenté de contester cette obligation en novembre 2025, arguant qu’aucune disposition de la directive n’impose explicitement un taux unique — mais le risque budgétaire et juridique a conduit le gouvernement à maintenir la position d’harmonisation.

Ce que vous pouvez faire pour limiter l'impact

Pour les particuliers

  • Vérifier la puissance souscrite (kVA) : la part fixe de l’abonnement dépend directement de la puissance. Beaucoup de foyers sur-souscrivent. Descendre de 9 kVA à 6 kVA peut représenter 60 à 80 € d’économie annuelle sur l’abonnement seul.
  • Comparer les offres fournisseurs : le tarif réglementé (tarif bleu EDF) n’est pas toujours le moins cher selon votre profil de consommation. Les comparateurs agrégés (MédiElec, energie-info.fr) permettent une comparaison objective.
  • Envisager l’autoconsommation solaire : les installations ≤ 3 kWc bénéficient d’une TVA réduite à 10 % sur les travaux (logement > 2 ans) et sont exonérées de l’accise pour la part autoconsommée.
  • Optimiser les usages aux heures creuses si votre contrat le prévoit (option HP/HC), ce qui permet de réduire la base de consommation taxée.

Pour les entreprises et professionnels

  • Vérifier l’éligibilité aux taux réduits d’accise : la refonte de la grille au 1er janvier 2026 peut ouvrir de nouveaux droits ou modifier les taux applicables. Un cabinet spécialisé en fiscalité énergétique peut quantifier le gain potentiel.
  • Mettre à jour les attestations CERFA : l’attestation de tarif minoré (CERFA n° 16196*03 millésime 2025) reste valide pour 2026. Elle doit être transmise au fournisseur avant application du taux réduit.
  • Récupérer les trop-versés d’accise sur 2 ans : si votre entreprise était éligible à un taux réduit mais a payé le tarif normal sur les deux dernières années, un remboursement est possible. Délai : deux exercices antérieurs maximum (droit fiscal commun).
  • Ne pas confondre TVA récupérable et accise : les entreprises assujetties récupèrent la TVA, pas l’accise. Cette dernière reste une charge définitive sauf exonération spécifique.

 

Cas particulier des véhicules électriques professionnels : la TVA sur l’électricité utilisée pour recharger un véhicule utilitaire est déductible. Elle ne l’est pas pour les véhicules de tourisme (4 à 5 places). Cette distinction s’applique indépendamment du taux de TVA applicable à la charge.

Récapitulatif : les points clés à retenir en mars 2026

#

Ce qu’il faut retenir

1

TVA à 20 % sur l’ensemble de la facture (abonnement + consommation) depuis le 1er août 2025. Taux unique conforme au droit européen.

2

La hausse sur l’abonnement a été compensée par une baisse de l’accise (de 33,70 à 29,98 €/MWh pour les ménages < 36 kVA). Résultat : facture TTC quasi-stable selon la CRE (-4 €/an pour un foyer moyen).

3

Les débats parlementaires de novembre 2025 n’ont pas abouti : aucun retour au taux réduit de 5,5 % n’est prévu à ce jour.

4

Accise au 1er fév. 2026 : 30,85 €/MWh pour les ménages, 26,58 €/MWh pour les PME et usages professionnels. Indexée sur l’inflation chaque année.

5

Grille industrielle réformée au 1er janv. 2026 : passage de 7 à 4 niveaux de taux réduits. Attestation CERFA obligatoire pour en bénéficier.

6

Les entreprises assujetties à la TVA récupèrent intégralement la TVA — aucun coût net. Impact uniquement sur la trésorerie (décalage de récupération).

7

Les non-assujettis (associations, micro en franchise) supportent la TVA à titre définitif. La baisse d’accise atténue l’effet mais ne le neutralise pas systématiquement.

8

Panneaux solaires ≤ 3 kWc : TVA à 10 % sur les travaux (logement > 2 ans) + exonération d’accise sur la part autoconsommée.

Ce qu'il faut retenir

La réforme de la TVA sur l’électricité est l’une de ces mesures fiscales qui semblent brutales mais dont l’effet réel est amorti par des ajustements parallèles — réduction de l’accise, légère baisse du TURPE. Pour la grande majorité des foyers, le changement est imperceptible sur la facture TTC. Pour les entreprises assujetties, il est neutre fiscalement mais impacte la trésorerie.

La véritable vigilance est ailleurs : du côté de la grille réformée des accises industrielles, qui peut modifier significativement le coût de l’électricité pour les sites industriels sans qu’ils s’en aperçoivent, faute d’avoir mis à jour leurs attestations CERFA. C’est là que se jouent les vrais arbitrages pour 2026.

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