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Créer son entreprise ou sa société : étapes, statut et questions à se poser

Créer une société ou une entreprise individuelle se fait aujourd'hui en quelques semaines, et les démarches sont entièrement en ligne. Ce qui demande du temps, ce sont les bons choix : entreprise individuelle ou société, statut juridique, régime fiscal, capital, domiciliation, financement. Ce guide reprend, dans l'ordre, toutes les questions à se poser avant de créer son entreprise et les étapes à suivre en 2026.

Portrait de Guillaume Thomas, expert-comptable et fondateur de GT Expertise

Rédigé par Guillaume Thomas Expert-comptable et commissaire aux comptes, inscrit à l'Ordre des experts-comptables depuis plus de 10 ans. Il a fondé et dirige GT Expertise.

Portrait d'Arnaud de Pommery, responsable juridique de GT Expertise

Relu par Arnaud de Pommery Responsable juridique de GT Expertise.

Publié le 6 avril 2023, mis à jour le 26 octobre 2026.

Avant de créer son entreprise : valider le projet

Les formalités viennent en dernier. Avant de choisir un statut, assurez-vous que votre projet tient debout : c'est ce qui conditionne tous les choix qui suivent.

Trouver et tester son idée

Une bonne idée d'entreprise répond à un besoin réel, pour des clients identifiés, prêts à payer. Étudiez votre marché : qui sont vos clients, combien sont-ils, qui sont vos concurrents, à quel prix vendent-ils ? Définissez ensuite votre proposition de valeur, c'est-à-dire ce qui vous distingue, en une phrase. Le meilleur test reste le terrain : premiers échanges avec des clients potentiels, pré-ventes, prototype.

Construire un business plan et un prévisionnel

Le business plan n'est pas obligatoire pour créer une entreprise, mais il devient indispensable dès que vous cherchez un financement, et il vous évite de vous lancer à l'aveugle. Il présente le projet, le marché, la stratégie commerciale et, surtout, le prévisionnel financier : chiffre d'affaires attendu, charges, besoin de financement, trésorerie mois par mois, seuil de rentabilité. C'est ce document qui vous dira quel statut et quel régime fiscal sont les plus adaptés.

Entreprise individuelle ou société : que choisir ?

C'est le premier choix structurant. Vous pouvez exercer en votre nom propre, en entreprise individuelle, ou créer une société, qui est une personne morale distincte de vous.

L'entreprise individuelle et la micro-entreprise

L'entreprise individuelle (EI) est la forme la plus simple : pas de statuts, pas de capital, des formalités réduites. Depuis 2022, l'entrepreneur individuel bénéficie automatiquement d'une séparation entre son patrimoine personnel et son patrimoine professionnel : seuls les biens utiles à l'activité répondent, en principe, des dettes professionnelles.

L'entrepreneur individuel peut relever du régime de la micro-entreprise tant que son chiffre d'affaires ne dépasse pas 203 100 € pour une activité de vente et 83 600 € pour une activité de services. Cotisations et impôt sont alors calculés sur le chiffre d'affaires encaissé. Ce régime est idéal pour tester une activité, mais il ne permet de déduire aucune charge et limite la croissance.

Pourquoi créer une société ?

Une société offre des possibilités que l'entreprise individuelle n'a pas :

  • Choisir sa rémunération. En société, vous arbitrez entre salaire et dividendes, et vous fixez votre rémunération en fonction des résultats et de vos besoins.
  • Choisir son imposition. La société est en principe soumise à l'impôt sur les sociétés, au taux réduit de 15 % sur les premiers bénéfices. Les bénéfices réinvestis dans l'entreprise ne supportent que cet impôt, et non votre impôt sur le revenu.
  • S'associer et se financer. Une société permet d'accueillir des associés et des investisseurs, et rassure banques et partenaires. Les règles entre associés se fixent dans les statuts et, si besoin, dans un pacte d'associés.
  • Mieux organiser l'entreprise. La société sépare clairement l'entreprise de son dirigeant : comptes distincts, gouvernance, décisions formalisées. C'est un cadre plus solide pour grandir, embaucher ou créer plusieurs activités.
  • Transmettre plus facilement. Céder ou donner une entreprise revient, en société, à céder ou donner des titres. L'opération est plus simple et plus progressive qu'avec une entreprise individuelle.
  • Protéger son patrimoine. La responsabilité des associés est limitée à leurs apports. C'est aussi le cas, désormais, pour l'entrepreneur individuel ; la différence se joue donc surtout sur les autres critères.

En résumé : la micro-entreprise convient pour démarrer seul une activité de service avec peu de charges. La société s'impose dès que vous avez des investissements, des associés, un projet de croissance ou des bénéfices à réinvestir.

Entreprise individuelle ou société : quel est le bon choix pour vous ? Nous comparons, chiffres à l'appui, votre revenu net, vos cotisations et votre impôt selon chaque option.

Quel statut juridique choisir pour créer son entreprise ?

Le statut juridique détermine votre responsabilité, votre régime social, votre fiscalité et les règles de fonctionnement de l'entreprise. Voici les principaux.

StatutPour quiRégime social du dirigeantPoints clés
Entreprise individuelle (dont micro-entreprise)Entrepreneur seul, démarrage simpleTravailleur indépendantAucun capital, formalités minimales ; régime micro plafonné en chiffre d'affaires
EURLEntrepreneur seul souhaitant une sociétéTravailleur indépendant (gérant associé unique)SARL à associé unique ; cadre légal encadré ; impôt sur le revenu ou sur les sociétés
SARL2 à 100 associés, souvent familiauxIndépendant si le gérant est majoritaire, assimilé salarié sinonFonctionnement prévu par la loi ; cessions de parts à des tiers soumises à agrément
SASUEntrepreneur seulAssimilé salarié (président)Grande liberté statutaire ; pas de cotisations sociales sur les dividendes
SASProjets à plusieurs associés, levée de fondsAssimilé salarié (président et dirigeants rémunérés)Statuts sur mesure ; entrée et sortie d'associés facilitées

Le choix entre SAS et SARL, ou entre SASU et EURL, se fait surtout sur le régime social du dirigeant : l'assimilé salarié bénéficie d'une meilleure protection sociale mais coûte plus cher en cotisations, le travailleur indépendant cotise moins mais est moins couvert. Pour approfondir, consultez notre article quel statut choisir pour se lancer en 2026.

Quel régime fiscal choisir ?

Impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés

En entreprise individuelle, le bénéfice est imposé directement à l'impôt sur le revenu de l'entrepreneur. En société, l'impôt sur les sociétés est la règle : 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice pour les PME éligibles, 25 % au-delà. La rémunération du dirigeant est déductible, et les dividendes qu'il perçoit sont imposés à part. Certaines sociétés, comme l'EURL, peuvent opter pour l'impôt sur le revenu, et une SAS ou une SARL récente peut le faire temporairement. Le bon choix dépend de votre bénéfice prévisionnel et de ce que vous comptez en faire : voir IS ou IR, quelle imposition choisir.

La TVA

Une entreprise dont le chiffre d'affaires reste sous les seuils de la franchise en base ne facture pas de TVA : 85 000 € pour la vente de marchandises et 37 500 € pour les prestations de services en 2026. Au-delà, ou sur option, elle collecte la TVA et récupère celle qu'elle paie sur ses achats. L'option peut être intéressante dès le départ si vos clients sont des professionnels ou si vous investissez beaucoup.

Les étapes pour créer une société

Une fois les choix faits, créer sa société suit six étapes. Comptez en général quelques semaines entre la rédaction des statuts et l'obtention de votre extrait Kbis.

  1. Rédiger les statuts. Ils fixent la dénomination sociale, l'objet, le siège, le capital, la répartition des titres, les pouvoirs du dirigeant et les règles de décision. Des statuts types existent, mais des statuts sur mesure évitent bien des blocages, surtout à plusieurs associés.
  2. Déposer le capital. Les apports en numéraire sont déposés sur un compte bloqué, auprès d'une banque, d'un notaire ou de la Caisse des dépôts, qui délivre une attestation de dépôt. Les apports de biens sont évalués et décrits dans les statuts.
  3. Signer les statuts et nommer le dirigeant. Les associés signent les statuts, et le dirigeant est désigné dans les statuts ou par un acte séparé.
  4. Publier une annonce légale dans un support habilité du département du siège. Elle informe les tiers de la création de la société.
  5. Immatriculer la société via le guichet unique des formalités d'entreprises, en ligne. Le dossier comprend notamment les statuts, l'attestation de dépôt des fonds, l'annonce légale et les justificatifs du dirigeant. Vous recevez ensuite l'extrait Kbis, qui atteste de l'existence de la société.
  6. Lancer l'activité. Récupérez le capital sur un compte professionnel, souscrivez les assurances nécessaires, mettez en place la facturation et la tenue de la comptabilité, et déclarez vos premières embauches.

Ces étapes concernent la création d'une société. Pour une entreprise individuelle, la démarche se limite à la déclaration d'activité sur le guichet unique.

Confiez-nous la création de votre société Statuts sur mesure, dépôt du capital, annonce légale, immatriculation et mise en place de la comptabilité : vous vous concentrez sur votre activité.

Domiciliation, capital, date de clôture : les choix pratiques

Où domicilier son entreprise ?

Toute entreprise doit avoir une adresse, le siège social, qui figure sur ses documents et détermine sa juridiction. Trois options principales s'offrent à vous :

  • Chez vous : c'est gratuit et possible pour la plupart des activités. Si votre bail ou le règlement de copropriété l'interdit, la domiciliation au domicile du dirigeant reste autorisée de façon temporaire.
  • Dans une société de domiciliation ou un espace de coworking : vous obtenez une adresse professionnelle et un service de courrier, sans louer de bureau.
  • Dans un local commercial ou professionnel, que vous louez ou achetez, lorsque votre activité l'exige.

Pour comparer ces solutions, voir notre article sur la domiciliation d'entreprise.

Quel montant de capital social choisir ?

Il n'existe pas de capital social minimum pour une SAS, une SASU, une SARL ou une EURL : un euro suffit juridiquement. En pratique, un capital trop faible inquiète les banques, les fournisseurs et les clients, et ne couvre pas les premières dépenses. Fixez-le en fonction de votre besoin de financement réel, tel qu'il ressort du prévisionnel. Les apports en numéraire peuvent n'être libérés qu'en partie à la création, dans les limites prévues pour chaque forme de société.

Quelle date de clôture choisir ?

Vous choisissez librement la date de clôture de l'exercice. Le 31 décembre est la plus courante, mais une date décalée peut être judicieuse pour une activité saisonnière, afin de clôturer en période creuse, ou pour éviter la surcharge de fin d'année. Le premier exercice peut être plus long ou plus court que douze mois, ce qui permet d'ajuster le calendrier dès la création.

Doit-on obligatoirement immatriculer son entreprise ?

Oui. Toute entreprise, individuelle ou société, doit être déclarée via le guichet unique. Une société n'acquiert la personnalité morale qu'à son immatriculation : avant cette date, les engagements pris en son nom sont repris par la société une fois immatriculée, selon les règles prévues par les statuts.

Financer la création de son entreprise

La plupart des créations combinent plusieurs sources de financement, présentées dans votre prévisionnel :

  • L'apport personnel, qui constitue le capital ou un apport en compte courant d'associé.
  • Le prêt bancaire, souvent conditionné à un apport et à un dossier solide.
  • Le prêt d'honneur, prêt personnel sans intérêt ni garantie accordé par les réseaux d'accompagnement, qui facilite l'obtention d'un prêt bancaire.
  • Les aides aux créateurs : l'ACRE réduit les cotisations sociales la première année d'activité ; depuis 2026, elle n'est plus automatique, la demande doit être adressée à l'Urssaf dans les 60 jours suivant le début d'activité, et l'exonération est limitée à 25 %. Les demandeurs d'emploi peuvent aussi, sous conditions, conserver une partie de leurs allocations ou en percevoir une partie sous forme de capital.
  • Les investisseurs (proches, business angels, fonds), pour les projets à fort potentiel, généralement en SAS.

Pensez aussi à votre banque : un compte professionnel est obligatoire pour une société. Notre article quelle banque en ligne pour créer son entreprise compare les offres.

Se faire accompagner par un expert-comptable

Vous pouvez créer votre entreprise seul. Un expert-comptable vous fait cependant gagner du temps et vous évite les erreurs les plus coûteuses, qui se jouent avant même l'immatriculation : un statut mal adapté, un régime fiscal défavorable, des statuts trop rigides, une rémunération mal calibrée.

  • Avant la création : prévisionnel financier, choix du statut et du régime fiscal, simulation de votre rémunération nette.
  • Pendant la création : rédaction des statuts, formalités d'immatriculation, demande des aides.
  • Après la création : tenue de la comptabilité, déclarations fiscales et sociales, paie, conseil au quotidien.

Vos questions sur la création d'entreprise

Combien de temps faut-il pour créer une société ?

Comptez en général quelques semaines entre le début de la rédaction des statuts et l'obtention de l'extrait Kbis. L'immatriculation elle-même, une fois le dossier complet déposé sur le guichet unique, prend le plus souvent quelques jours.

Quel statut choisir pour créer son entreprise seul ?

Seul, vous avez le choix entre l'entreprise individuelle, éventuellement sous le régime de la micro-entreprise, l'EURL et la SASU. La micro-entreprise convient pour tester une activité avec peu de charges. L'EURL et la SASU conviennent dès que l'activité génère des charges, des investissements ou des bénéfices à réinvestir, la différence se jouant surtout sur le régime social du dirigeant.

Quel est le capital minimum pour créer une société ?

Il n'y a pas de capital minimum pour une SAS, une SASU, une SARL ou une EURL. Le montant est libre, mais il doit être cohérent avec les besoins de démarrage de l'entreprise pour rassurer banques et partenaires.

Le business plan est-il obligatoire ?

Non, aucun texte ne l'impose. Il est en revanche indispensable pour obtenir un financement et pour vérifier que votre projet est rentable avant de vous engager.

Peut-on domicilier sa société à son domicile ?

Oui, le dirigeant peut domicilier sa société à son domicile. Si le bail ou le règlement de copropriété l'interdit, cette domiciliation est autorisée de façon temporaire seulement ; au-delà, il faut trouver une autre adresse, par exemple auprès d'une société de domiciliation.

L'ACRE est-elle automatique en 2026 ?

Non. Depuis 2026, la demande d'ACRE doit être adressée à l'Urssaf dans les 60 jours suivant le début d'activité, faute de quoi l'aide est perdue. L'exonération de cotisations est limitée à 25 %.

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